Une « grande famille » juive marocaine ou pas, ne se décrète pas à l’aune d’un patrimoine, d’un compte en banque ou d’une réussite commerciale récente.

La fortune peut s’acquérir en une génération ; l’héritage, lui, exige des siècles.

Les Sicsu, Hassan, Benchimol, Benzaquen, Nahon, Yuly, Corcos, Berdugo, Maimaran, Benoliel, Belisha, Elmaleh ou encore Rosilio, appartiennent à cette histoire de familles lettrées, instruites, ouvertes sur le monde, qui donnèrent au Maroc diplomates, interprètes, conseillers, négociants internationaux et hommes de pensée.

Elles furent très tôt au contact des grandes mutations politiques et intellectuelles de leur temps et participèrent, à différents degrés, aux relations du Royaume avec le monde.

Il convient donc de ne pas confondre « grande famille » et « famille devenue riche. »

Certains noms ont certes bâti de considérables fortunes au XXᵉ siècle, pendant ou après le Protectorat.
C’est une réussite certes, mais d’une autre nature: culturellement indigeante, numériquement nombreuse.

L’argent produit des héritiers ; l’Histoire produit des lignées.

LA PAZ DE WAD-RAS - 1862 - MARIANO FORTUNY

Le tableau « La paz de Wad Ras » du grand orientaliste espagnol Mariano Fortuny …. représente un épisode majeur de la guerre hispano-marocaine de 1859-1860 dite « Guerre d’Afrique » , qui opposa l’Espagne au sultanat du Maroc.

La bataille de Wad-Ras, livrée le 23 mars 1860, près de Tétouan, constitue l’un des derniers grands affrontements de cette guerre.
Le tableau met en scène la victoire des troupes espagnoles, commandées notamment par le général Leopoldo O’Donnell, face aux forces marocaines. La composition insiste sur le tumulte du combat : soldats, cavaliers, fumée, mouvements de troupes et affrontements rapprochés donnent une dimension spectaculaire et héroïque à la scène.

Cette victoire permit à l’Espagne de négocier en position de force le traité de Wad-Ras, signé le 26 avril 1860. Le Maroc dut notamment verser une importante indemnité de guerre et accepter plusieurs concessions territoriales et diplomatiques.

Le tableau doit donc être compris non seulement comme une œuvre historique, mais aussi comme une œuvre de célébration militaire.

Dans ce tableau figure, côté gauche, mon arrière arrière grand père Jehia (Yahia) SICSU.

Appréciez cette photographie. Il s’agit, à ma connaissance, du plus ancien cliché connu au Maroc 🇲🇦 montrant une forme de collaboration intellectuelle entre un juif et un musulman.

La photographie aurait été prise à Tanger vers 1860. On y distingue, à droite, Hayim Sicsu, drogman à la légation britannique et administrateur de la poste anglaise à Tanger, aux côtés d’un érudit musulman — probablement le grand Mohammed Torrès. Tous deux semblent comparer, vérifier et discuter une traduction. 🪬

Admirez la djellaba finement brodée de l’érudit musulman 🔱, ainsi que la chevalière portée par Sicsu. ⚜️

On remarque également une certaine bienséance, voire une forme de déférence envers Torrès : à lui la chaise, à Sicsu la caisse en bois. Simple respect dû à un aîné ou survivance des anciens codes sociaux liés à la dhimma ? La photographie laisse place à l’interprétation.

Estime, collaboration, réflexion, attention, concentration, comparaison : tout, dans cette scène, évoque un véritable travail intellectuel partagé.

Jusque-là, nous connaissions surtout les clichés rapportés par les orientalistes montrant des collaborations manuelles entre juifs et musulmans : artisans, selliers, chapeliers, bijoutiers, ferronniers, voire musiciens, notamment dans le monde rural et berbère.

Ici, nous tenons peut-être autre chose : les prémices photographiques d’une entente intellectuelle et la genèse de collaborations qui contribueront, quelques décennies plus tard, à façonner de grands projets communs.

Yahya SICSU
Mon arrière-arrière grand père. (Tetouan 1808- Tanger 1886)

Les obsèques tangéroises de mon arrière-arrière-grand-mère, Jehia (Yahia) SICSU, furent relatées dans l’édition du 26 mars 1886 du Jewish Chronicle, prestigieux journal britannique fondé en 1841.

La gazette rapporte qu’il eut l’honneur d’être nommé, au lendemain de la guerre, commandeur de l’Ordre d’Isabelle la Catholique, après être entrée au service de l’Espagne à l’âge de vingt ans et l’avoir servie avec distinction pendant plus de cinquante années.

Yahya fut également décorée par le Bey de Tunis et était titulaire de plusieurs autres distinctions étrangères.

Il exerça durant plusieurs années les fonctions d’interprète à Tétouan et à Tanger et rendit de précieux services lors de la guerre hispano-marocaine de 1859-1860, en qualité d’interprète auprès de l’armée espagnole.

L’article précise également que son frère était interprète auprès de la légation allemande, tandis que ses neveux exerçaient à Dar Enniaba, et auprès des légations belges, brittaniques et d’Autriche hongrie.

Ses obsèques témoignèrent de la considération exceptionnelle dont jouissait cette figure de la diplomatie espagnole à Tanger.
Son Excellence M. Diodado, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire d’Espagne, tint à accompagner le cortège jusqu’au cimetière, malgré les intempéries et son état de santé fragile.

L’ensemble du personnel de la Légation et du Consulat d’Espagne assista également aux funérailles, aux côtés de représentants du Portugal et des États-Unis, ainsi que de délégués de plusieurs autres légations étrangères.

Signe particulièrement saisissant de l’hommage qui lui fut rendu : les drapeaux de toutes les légations de Tanger furent mis en berne.

Une telle mobilisation du corps diplomatique, dans le Tanger international de la fin du XIXᵉ siècle, dit sans doute mieux que de longs discours le rang, la considération et la place singulière qu’occupait Jehia Sicsu dans la vie diplomatique de son temps.

C’est un document familial historiquement très intéressant : il établit officiellement qu’en 1870, Yahia Sicsu était premier interprète du Consulat général d’Espagne à Tétouan, et surtout que l’État espagnol lui accorda, ainsi qu’à son épouse et ses huit enfants, la nationalité espagnole par décret. Il fournit donc une preuve administrative particulièrement solide du statut diplomatique et espagnol de cette branche Sicsu dès le XIXᵉ siècle.

Voici la traduction en français :

Germán Gómez-Llera de Arrazola, avocat, chef de la 2ᵉ section de la Direction générale de la politique intérieure du ministère de l’Intérieur.

CERTIFIE :

Que dans la Gaceta n° 338, en date du 4 décembre 1870, a été publié un décret dont la copie littérale est la suivante :

« Ministère de l’Intérieur. — Décret. — Conformément à la proposition du ministre de l’Intérieur et en accord avec l’avis de la section de l’Intérieur et du Développement du Conseil d’État, je décrète ce qui suit :

Article premier. La nationalité espagnole est accordée à Don Yahia Sicsu, premier interprète du Consulat général d’Espagne à Tétouan, ainsi qu’à son épouse et à ses enfants Simi, Aharón, Camila, Jedra, Estrella, Regina, Meriam et David, nationalité qu’il avait sollicitée, étant entendu qu’elle doit être considérée comme appartenant à la catégorie dite de quatrième classe, conformément aux lois.

Article deuxième. La concession susmentionnée ne produira ses effets qu’après que l’intéressé aura prêté serment de fidélité à la Constitution de l’État et d’obéissance aux lois, avec renonciation à toute protection étrangère.

Donné à Madrid, le 30 novembre 1870.

Francisco Serrano.

Le ministre de l’Intérieur, Nicolás María Rivero. »

Décret de naturalisation espagnole de 1870 de la famille SICSU

David SICSU, premier juif à ne pas se déchausser devant la grande mosquée de Tanger, puis à monter une mule à Fès devant le Sultan. Ici John Drummond Hay - Consul de la Couronne Britannique..

(David sicsu drummond hay )

L’article explique qu’à l’arrivée de John Drummond Hay à Tanger en 1844, les interprètes juifs employés par les consulats étrangers étaient encore tenus, comme leurs coreligionnaires, d’ôter leurs chaussures lorsqu’ils passaient devant une mosquée ou un sanctuaire musulman.
Cette obligation est confirmée par d’autres témoignages de voyageurs du XIXᵉ siècle : Joseph Dalton Hooker et John Ball mentionnent encore parmi les anciennes restrictions imposées aux Juifs marocains l’obligation de retirer leurs sandales devant une mosquée.

Le passage raconte que Drummond Hay accompagne son père, alors consul général et agent politique britannique, lors d’une visite officielle au pacha.
Le personnel du consulat est en uniforme.
Parmi eux se trouve David Sicsu, décrit comme un Juif, « shrewd and able » — avisé et compétent — attaché depuis plusieurs années au consulat britannique.

En chemin, ils passent devant la grande mosquée de Tanger (Place du Grand Socco) .
Et là, David Sicsu s’arrête et enlève ses chaussures.

C’est donc important : Sicsu ne cherche pas spontanément à transgresser la règle.
Au contraire, il applique le code auquel un Juif marocain est alors soumis.

C’est Drummond Hay qui se retourne et l’interpelle, en substance :

« Que faites-vous ? Remettez vos chaussures. Souvenez-vous que vous êtes un employé anglais et que vous bénéficiez de tous les privilèges des sujets britanniques. »

Il lui aurait même signifié que, s’il recommençait, il le renverrait.

Pourquoi cet épisode constitue une rupture

Ce qui est novateur tient au changement de statut symbolique de David Sicsu.

Jusqu’à cet instant, deux identités se superposent : David SICSU
est juif marocain, mais il est également interprète du consulat britannique.

Lorsqu’il retire ses chaussures, il agit conformément à la première identité. Drummond Hay lui impose publiquement la seconde : dans l’exercice de ses fonctions, David SICSU ne doit plus être traité selon les restrictions imposées aux Juifs locaux, mais selon le statut et la dignité attachés au personnel britannique.

La chaussure devient donc presque un objet politique.

Ce n’est pas simplement : « Gardez vos chaussures. » C’est pratiquement : « Votre qualité d’agent britannique doit désormais primer sur la condition sociale qui vous est assignée en tant que Juif. »

Cette lecture correspond à un phénomène beaucoup plus large du Maroc du XIXᵉ siècle : la protection consulaire pouvait soustraire certains employés et protégés juifs à des obligations auxquelles restait soumise la population locale. Richardson note ainsi que les employés juifs des consulats étaient notamment exemptés de certaines contributions.

Et David SICSU est au cœur de cette transformation

C’est ce qui rend l’épisode familial particulièrement intéressant.

David SICSU n’est pas présenté comme un simple bénéficiaire passif d’une protection.
Il se trouve physiquement au point de rencontre entre deux ordres juridiques et sociaux : celui du Maroc précolonial, où son appartenance religieuse détermine certaines obligations publiques, et celui des puissances consulaires européennes, qui commencent à étendre à leurs employés locaux certains privilèges attachés à leur représentation.

Le texte poursuit d’ailleurs dans cette direction : lors de sa première visite à la cour du Sultan Moulay Abd al-Rahman ben Hicham en 1846, Hay aurait insisté pour que son interprète juif puisse circuler dans la capitale à dos de mule et bénéficier des mêmes privilèges que les autres membres de son personnel.

Autrement dit, l’affaire des chaussures n’est pas isolée : elle apparaît comme le début d’une politique délibérée de Drummond Hay.

Et le mouvement se poursuivra.
Le texte mentionne qu’en 1879, Sir John Hay obtint un ordre royal adressé au ministre des Affaires étrangères marocain afin que celui-ci examine les recours de Juifs qui n’arrivaient pas à obtenir justice auprès des gouverneurs de l’intérieur.

L’épisode de 1844 constitue un témoignage particulièrement précoce de la remise en cause, par la diplomatie britannique, de certaines marques publiques d’infériorité imposées aux Juifs marocains — et David SICSU en fut personnellement l’un des protagonistes.

C’est d’autant plus remarquable que des sources du XIXᵉ siècle montrent combien le vêtement, les chaussures et la protection étrangère étaient alors chargés de signification sociale et juridique au Maroc.
Les changements vestimentaires des Juifs bénéficiant de liens européens pouvaient même inquiéter le pouvoir marocain précisément parce qu’ils matérialisaient leur accès à une forme de protection européenne.

Ce petit geste de David SICSU — retirer ses chaussures, puis devoir les remettre sur ordre de Hay — est donc une scène extraordinairement parlante : en quelques secondes, dans une rue de Tanger en 1844, elle matérialise le passage d’un homme du statut traditionnel assigné au Juif marocain à celui d’agent protégé d’une grande puissance diplomatique.

186 ans plus tard, ses descendants, Alain & Mika SICSU, sur la même place de la grande mosquée de Tanger.

L’affaire TRÎI – SICSU (1912)

L’affaire se déroule à Mazagan (aujourd’hui El Jadida) en août 1912, quelques mois après l’établissement du protectorat français.

Le caïd Trii était un chef local des Haouzia, dans la région comprise entre Mazagan, Azemmour et l’Oum er-Rbia.
Les sources françaises l’accusaient de rébellion contre le Makhzen, de pillages, d’exactions et de meurtres.
Il avait été destitué en 1911 mais aurait continué à exercer son autorité.
En 1912, il obtient ou revendique la protection espagnole, ce qui transforme progressivement une affaire locale en conflit diplomatique franco-espagnol.

Lorsque les forces françaises du colonel Mangin décident d’intervenir contre lui, le Caïd Trîi abandonne sa kasbah et se réfugie à Mazagan dans la maison d’Abraham Sicsu, un Juif de Mazagan bénéficiant lui-même de la protection espagnole.

C’est là qu’Abraham Sicsu entre véritablement dans l’affaire.

Les Français encerclent alors la maison Sicsu.
Le consul d’Espagne proteste, considérant que la protection espagnole doit être respectée.
Les Français exigent au contraire l’arrestation de Trîi
Dans la soirée du 5 août 1912, Trîi envisage de se rendre, puis renonce après l’intervention du consul espagnol.
Des coups de feu sont ensuite tirés depuis la maison en direction des forces qui l’encerclent.
À minuit, le consul espagnol entre dans la demeure et en fait sortir Sicsu et les Espagnols.

Le lendemain, 6 août, le Caïd Trîi tente une sortie spectaculaire à cheval avec plusieurs de ses hommes. Il réussit à s’échapper, mais l’affrontement fait plusieurs victimes : quatre de ses partisans sont tués, sept capturés et le maréchal des logis français Kieffer est tué, tandis qu’un sergent algérien est grièvement blessé.

Pourquoi Abraham Sicsu est-il condamné ?

C’est le point essentiel : Sicsu n’est pas présenté comme celui qui aurait personnellement tué Kieffer.
Ce qui lui est reproché est d’avoir hébergé/protégé Trîi dans sa maison, permettant à celui-ci de résister puis de s’enfuir.

L’affaire devient donc juridiquement celle de la complicité.

Un conseil de guerre français à Casablanca condamne ensuite Trîi et Abraham Sicsu à mort par contumace.

Et c’est là que l’affaire prend une dimension internationale : l’Espagne considère Sicsu comme son protégé, tandis que la France estime que l’affaire relève de sa juridiction militaire.
La protection consulaire espagnole devient ainsi le cœur du contentieux.

La réaction française à l’époque est extrêmement violente.
Le Temps reproche explicitement aux autorités espagnoles d’avoir protégé Triahi et présente cette protection comme ayant contribué à la crise qui paralysa momentanément Mazagan.

Le retournement : Sicsu est gracié

La condamnation à mort n’est finalement pas exécutée.

Abraham Sicsu est gracié par le président de la République Raymond Poincaré le 20 janvier 1913. Il est ensuite expulsé vers l’Espagne.

L’affaire ne s’arrête pourtant pas là.
Sicsu continue de proclamer son innocence, réclame réparation pour ses biens perdus ou confisqués et demande notamment compensation pour ses mules ainsi que la libération de deux domestiques emprisonnés.

Les documents diplomatiques montrent que la France et l’Espagne cherchent ensuite une solution : son retour au Maroc paraît politiquement difficile, mais l’idée de lui accorder une indemnité est envisagée afin de donner satisfaction à l’Espagne sans rouvrir complètement l’affaire.

Ce qu’il faut retenir

L’affaire Trîi –Sicsu n’est donc pas qu’une affaire criminelle.
C’est un épisode révélateur de la lutte d’influence entre la France et l’Espagne au Maroc au moment même où le protectorat se met en place.

Abraham Sicsu se retrouve au centre de cette confrontation parce qu’il accueille dans sa maison Trîi, recherché par les Français, tout en bénéficiant de la protection espagnole.
La fuite du caïd Trîi entraîne la mort d’un militaire français ; Sicsu est alors condamné à mort pour complicité, mais l’Espagne intervient en sa faveur.
Il est finalement gracié par Poincaré en janvier 1913, expulsé vers l’Espagne, puis son cas devient pendant encore plusieurs années un contentieux diplomatique franco-espagnol.

Outre l’affaire, un cliché d’un israélite armé au Maroc est en soi une imagine rarissime.

Aujourd’hui, une rue d’El Jadida porte le nom de Rue SICSU, une rue voisine celle du Caïd TRÎI …

Abraham SICSU (fils d’Aharon) armé d’un fusil à verrou, Mazagan, vers 1912

Abraham Sicsu à Tanger, recevant dans sa
Propriété « les jardins de Belgique » les plus grands peintres et écrivains de son époque.

EL JUEGO DE AJEDREZ - 1886 - Emilio SEVILLA TORRES

Cette toile, « El Juego de Ajedrez » (La Partie d’échecs) ♟♟, du peintre espagnol Emilio Sevilla Torrès, a été réalisée à Tanger en 1886 🇲🇦.

Elle représente la famille SICSU réunie dans la propriété du consul de Belgique, Abraham SICSU (consul de Belgique 🇧🇪, ami intime du roi des Belges 🇧🇪 Léopold II, assis à gauche, chevalière au doigt), jouant avec son frère Jacob SICSU, interprète à Dar Niaba (Affaires étrangères).

Lors de la visite au Maroc du duc de Brabant, Léopold, futur roi des Belges et du Congo, c’est à son frère Jacob qu’Abraham donna la responsabilité de faire découvrir tout l’Empire chérifien, accompagné d’une escouade de 25 hommes et chevaux.

Ils sont tous les deux entourés de leurs épouses respectives, Hadra et Messody Sicsu-Abensur, qui sont sœurs entre elles, mais également cousines germaines de leurs maris.

Hadra, debout à gauche en « kssoua kebira » ou « Gran Traje », enceinte, n’aura finalement jamais d’enfants. Avec Abraham, ils adopteront la petite Luna Amram, élevée à la Cour à Madrid, qui sera l’amour caché d’un célèbre marrane, le général Franco 🇪🇸. Celui-ci ne pourra l’épouser car, en tant qu’officier catholique de l’armée espagnole 🇪🇸, cela lui était interdit.

Debout à droite, Messody Sicsu-Abensur, avec sa fille Preciadita, qui, plus grande, épousera le fortuné Léon de Maimaran de Mazagan, avec lequel elle aura deux filles qu’elle nommera… Hadra et Messody ☺️.

Au centre, le patriarche, Isaac Sicsu, président de la communauté israélite de Tanger, premier dirigeant à poser les bases de véritables structures sociales au sein même de la communauté.

Face à l’afflux de Juifs de la région venant profiter des aides gratuites prodiguées à Tanger et inexistantes ailleurs, il fit même dresser une liste de « forasteros » afin que le système de santé ne s’écroule pas.

Son épouse, assise au centre, est Preciada Benchimol, issue de la grande famille Benchimol de Tanger, consuls de France de père en fils. Preciada Benchimol est la sœur du célèbre philanthrope Haïm Benchimol, drogman de la légation de France, directeur de l’influent journal « Le Réveil du Maroc », directeur de la banque Transat, membre fondateur, avec Adolphe Crémieux, Sir Moses Montefiore et Narcisse Leven, de l’Alliance Israélite Universelle, et créateur, en 1876, de la première loge maçonnique du Maroc, la « Loge 194 », dépendant du Grand Orient de France.

Haïm laissera également le souvenir de l’hôpital Benchimol, avenue Hassan II à Tanger, mitoyen du Palais Sicsu.

Preciada Benchimol a également été peinte en 1832 par Delacroix, lors de son séjour à Tanger en 1832, où il accompagnait la mission diplomatique du comte Charles-Edgar de Mornay, envoyée par le roi Louis-Philippe auprès du sultan Moulay Abd al-Rahman.

Ils logèrent d’ailleurs chez les Benchimol, au Marshan, et leur demeure a gagné son éternité puisqu’elle est visible au musée du Louvre, à Paris, dans la célèbre toile « Les Noces juives ».

Abraham SICSU recevait dans sa demeure, dite « Les Jardins de Belgique », dans le quartier alors appelé « Tanger diplomatique », aujourd’hui le Marshan, tout ce que la ville comptait de peintres, d’écrivains, de diplomates et même d’espions.

Il vendit plus tard sa propriété au sultan Moulay Hafid 🇲🇦🇲🇦, qui abdiqua en 1912 et mourut à Enghien-les-Bains.
Des liens avec les milieux maçonniques lui ont parfois été attribués et certaines sources ont même évoqué une possible initiation ; toutefois, son appartenance effective à la franc-maçonnerie ne semble pas établie de manière suffisamment certaine pour pouvoir être présentée comme un fait historique avéré.

Aujourd’hui, la propriété « les jardins de Belgique » d’Abraham Sicsu appartient à l’État italien et porte le nom de « 🇮🇹 Palais des Institutions Italiennes 🇮🇹 ». La propriété reste encore l’un des plus beaux monuments de Tanger, abritant notamment le fameux Tanjazz, mais aussi des colloques, mariages et cérémonies.

Abraham SICSU (fils d’Isaac) - Consul de Belgique à Tanger. Ami intime du Roi des belges Leopold II. Premier étranger à avoir été naturalisé belge en vertu d’un vote du parlement fédéral.

À la fin du XIXᵉ siècle, le peintre belge Théo van Rysselberghe réalise à Tanger ce saisissant portrait d’Abraham Sicsu, alors drogman du consulat de Belgique et futur consul de Belgique. Les deux hommes se connaissent : dans sa propriété tangéroise des Jardins de Belgique, Abraham reçoit artistes, écrivains et diplomates européens de passage.

Le portrait est d’autant plus remarquable qu’il témoigne de l’ascension d’une infime élite juive marocaine, lettrée, aisée et proche des chancelleries européennes. Abraham Sicsu appartient à une ancienne famille liée depuis plusieurs générations aux affaires du Makhzen et à la diplomatie. Proche de Léopold II, il fut notamment associé aux ambitions et aux explorations belges au Maroc. On le retrouve également entouré des siens dans La Partie d’échecs d’Emilio Sevilla Torrès.

Mais c’est surtout la représentation d’Abraham qui interpelle. À une époque où les Juifs marocains demeurent juridiquement soumis au statut de dhimmi, et où certaines prescriptions anciennes leur imposaient notamment des signes de différenciation vestimentaire, Van Rysselberghe peint un homme qui affiche au contraire son rang et son assurance : debout, regard frontal, canne à la main, cigarette entre les doigts et surtout ce spectaculaire ceinturon rouge qui tranche sur la sobriété de son vêtement. Plus qu’un simple portrait mondain, la toile peut ainsi se lire comme l’image d’une émancipation sociale en marche : celle d’un Juif marocain qui, grâce à son statut diplomatique et à la protection européenne, s’affranchit symboliquement de contraintes qui avaient pesé sur les générations précédentes.

Exposé par la suite dans de grandes institutions, ce portrait constitue ainsi un précieux témoignage de la transformation, à la fin du XIXᵉ siècle, de la condition d’une fraction certes très minoritaire, mais particulièrement influente, du judaïsme marocain.


— Saada SICSU , épouse d’Abraham Benchimol, & Préciada Benchimol épouse d’Isaac SICSU, l’une de leurs filles, 1832
Aquarelle sur mine de plomb, 22,2 × 16,2 cm — Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 1972.118.210.

Réalisée à la suite du séjour d’Eugène Delacroix à Tanger, cette aquarelle représente Saada Benchimol & sa fille Préciada, parée en tenue nuptiale.
Abraham Benchimol, drogman de la délégation française, avait introduit Delacroix dans l’intimité de sa famille.
L’œuvre est directement liée à la fascination du peintre pour les cérémonies juives de Tanger : le 21 février 1832, il assista à une noce juive qu’il décrivit minutieusement dans son Journal, souvenir qui nourrira quelques années plus tard son célèbre tableau Noce juive au Maroc. (The Metropolitan Museum of Art⁠), l’une des toiles majeures de l’histoire de l’art pictural.

SAADA BENCHIMOL née SICSU & sa fille PRÉCIADA BENCHIMOL epouse SICSU

Eugène Delacroix — Études de femmes juives de Tanger, 1832
Mine de plomb et aquarelle sur papier — Album de voyage au Maroc, Musée Condé, Château de Chantilly.

Ces études réalisées à Tanger appartiennent au remarquable ensemble de portraits et de costumes féminins relevés par Delacroix au sein de la communauté juive. Le folio 27 est identifié par le Château de Chantilly comme représentant probablement Préciada Ben-Chimol, fille d’Abraham Ben-Chimol, drogman du consulat de France. Delacroix fut introduit par ce dernier dans les foyers juifs de Tanger et assista, le 21 février 1832, à une noce juive, dont ses dessins et observations nourriront plus tard son célèbre tableau Noce juive au Maroc. (Google Arts & Culture⁠)

Ces aquarelles constituent ainsi de précieux témoignages sur les costumes d’apparat des femmes juives tangéroises au début du XIXᵉ siècle.

Eugène Delacroix — La Noce juive au Maroc, 1837-1841
Huile sur toile — Musée du Louvre, Paris.

Cette célèbre composition trouve son origine dans une noce juive à laquelle Delacroix assista à Tanger le 21 février 1832, lors de son voyage au Maroc. Introduit dans la communauté juive tangéroise par Abraham Benchimol, drogman du consulat de France, le peintre décrit minutieusement la cérémonie dans son Journal. Il y mentionne nommément Préciada Benchimol, fille d’Abraham et de Saada Sicsu, parmi les personnes présentes. Les dessins et souvenirs recueillis ce jour-là serviront plusieurs années plus tard à l’élaboration de La Noce juive au Maroc. La maison exacte dans laquelle se déroula la cérémonie n’est toutefois pas identifiée avec certitude.

José Benoliel (1858–1937)

Mon arrière arrière grand oncle, fut l’une des grandes figures intellectuelles du judaïsme séfarade marocain.
Né à Tanger, formé dans les écoles de l’Alliance Israélite Universelle puis à Paris à l’ENIO, cet érudit polyglotte maîtrisait notamment l’hébreu, l’arabe, l’espagnol, le français et le portugais.

À seulement dix-huit ans, il entama une carrière d’enseignant qui le conduisit à Jaffa, en Palestine ottomane, puis à Tanger et à Mogador (Essaouira)

Installé à partir de 1881 à Lisbonne, il y passera 40 ans y enseignant les langues et l’hébreu et fréquentant les milieux intellectuels et orientalistes portugais.

Écrivain, poète, traducteur, hébraïsant et arabiste, il fut nommé membre correspondant de la Real Academia Española et collabora avec le grand philologue Ramón Menéndez Pidal, auquel il transmit un exceptionnel corpus de romances judéo-espagnols recueillis à Tanger et Tétouan.

Son nom demeure surtout attaché à son œuvre fondamentale, El dialecto judeo-hispano-marroquí o Hakitía : Benoliel fut le premier grand savant à étudier méthodiquement et à codifier la haketia, langue judéo-espagnole propre aux Juifs du nord du Maroc.

Il enseigna
Revenu à Tanger en 1921, il devint président de la communauté juive et œuvra à la création d’un enseignement rabbinique moderne associant études religieuses, sciences et langues.
Son parcours incarne cette élite juive marocaine du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, profondément enracinée au Maroc mais intellectuellement ouverte sur plusieurs mondes.

 

Mon arrière-arrière-grand-père Abraham Hamouth naît à Constantinople en 1841, au sein d’une famille juive séfarade. Il arrive à Tanger en 1885 et épouse successivement deux sœurs, Oro puis Myriam Benoliel, nées à Tarifa, en Espagne, et sœurs du grand intellectuel séfarade José Benoliel, écrivain, poète, linguiste et érudit.

En 1906, Abraham Hamouth s’établit à Mogador. Grand négociant (tâjjer), lettré et protégé portugais, il est l’un des premiers Juifs de la ville à quitter l’habitat traditionnel de la médina pour acquérir une vaste propriété en bord de mer. Il y fait édifier, avant même l’instauration du Protectorat français en 1912, douze maisons de style européen, destinées à sa famille et à chacun de ses enfants, dont mon arrière-grand-mère Aziza. La propriété possédait notamment jardins et court de tennis.

Séfarade issu d’une famille passée par l’Empire ottoman, Abraham Hamouth appartenait à un univers culturel sensiblement différent de celui d’une partie des communautés juives autochtones (Toshavim) de Mogador : langue, rites, usages et références intellectuelles témoignaient de trajectoires historiques distinctes au sein même du judaïsme marocain.

Son installation fut suffisamment marquante pour laisser son nom à tout un secteur de Mogador : le quartier Abraham Hamouth, dont le souvenir subsiste encore aujourd’hui sous l’appellation arabisée de « Dar Brahim Hamou ».

Au début du Protectorat, Abraham Hamouth défendit sa propriété contre des incursions venues des régions de Haha et de Chiadma. Lorsque des troupes françaises occupèrent ensuite une partie de son domaine et endommagèrent ses jardins et son court de tennis, son statut de protégé portugais lui permit d’engager des démarches auprès des autorités françaises et d’obtenir réparation.

De Constantinople à Tanger puis Mogador, Abraham Hamouth incarne cette bourgeoisie séfarade méditerranéenne, commerçante, lettrée et cosmopolite, qui inscrivit son histoire personnelle jusque dans la géographie de la ville.

 

ABRAHAM HAMOUTH Constantinople, 1841 – Mogador, 1922

Abraham SICSU
Le ministre des finances de Moulay Slimane (1792-1822)

Abraham SICSU est présenté comme le premier membre connu de la famille Sicsu de Tanger.
Sous le règne du sultan Moulay Slimane (1792-1822), il occupa la fonction de trésorier du Sultan à Tanger et fut également l’un de ses conseillers, notamment sur la question de l’élargissement du port de la ville. Sa proximité avec le souverain témoigne de la place déjà importante occupée par la famille Sicsu dans la vie économique et politique tangéroise au début du XIXᵉ siècle.
D’autres sources (Laredo, Toledano) le mentionnent comme ministre des finances de l’Empire Chérifien.

Notons que le nom de famille originel des SICSU était BENMAYOR « le fils du plus grand », patronyme issu de la péninsule ibérique.
Ce nom était antérieur à l’installation à Tetouan, et biensur plus tard à Tanger et en Algérie française.

Ce document raconte surtout le rôle d’Abraham Sicsu et de son épouse Doña Hadra (Hédra) Sicsu dans le Tanger international et artistique de la fin du XIXᵉ siècle.

Abraham Sicsu est présenté comme drogman puis consul de Belgique à Tanger, appartenant à ces grandes familles juives tangéroises qui servaient d’intermédiaires entre le Maroc et les puissances européennes.
Sa proximité avec la Belgique était particulièrement forte : le duc de Brabant, futur Léopold II, en avait fait un homme de confiance et lui avait confié, dès 1862, une mission liée aux ambitions économiques belges au Maroc.

La demeure familiale, la Villa de Belgique, apparaît comme un véritable salon diplomatique, intellectuel et artistique.
Les Sicsu accueillaient et facilitaient le séjour de nombreux artistes européens venus travailler au Maroc. Le texte souligne le rôle essentiel des drogmans : ils trouvaient des logements et des ateliers, obtenaient des autorisations, recrutaient des modèles et permettaient aux peintres d’accéder à des milieux qui leur auraient autrement été fermés.

C’est dans cet environnement que le grand peintre belge Théo van Rysselberghe (1862-1926) réalisa les portraits d’Abraham Sicsu et de Doña Hadra. Le portrait d’Abraham est une huile sur toile de 102 × 71 cm. Celui de Hadra est également documenté dans un catalogue belge sous le titre Dona Sicsu. Van Rysselberghe, pourtant lié à l’avant-garde européenne, adopte pour les Sicsu une facture relativement classique, privilégiant la ressemblance.

Les vêtements des époux sont également significatifs. Abraham apparaît en redingote et fez, combinaison des influences européenne et marocaine. Hadra porte notamment une robe de style stambouliote. Le texte y voit le témoignage d’une bourgeoisie juive tangéroise qui, à cette époque, adopte progressivement les modes européennes tout en conservant certains marqueurs orientaux.

Hadra fut d’ailleurs portraiturée par au moins deux grands artistes belges : Van Rysselberghe mais aussi Émile Wauters (1846-1933), figure importante de l’orientalisme belge. Le texte précise explicitement que Wauters réalisa son portrait en raison de ses liens avec Van Rysselberghe et avec le milieu des Sicsu.

En résumé : ces documents montrent que la famille Sicsu ne constituait pas simplement une famille juive notable de Tanger. Abraham et Hadra se situaient au croisement de la diplomatie belge, des ambitions européennes au Maroc et de la vie artistique orientaliste. Leur maison servait de lieu de rencontre et leur proximité avec des peintres comme Van Rysselberghe et Wauters explique que leurs portraits soient devenus des témoignages artistiques remarquables du Tanger cosmopolite de la fin du XIXᵉ siècle.

Hadra SICSU

Alberto SICSU LASRY

(Rabat 1907, Madrid 1998). Mon grand père, de mémoire bénie, Chevalier du OuissamnAlaouite, qui dirigea les Galeries Lafayette à Casablanca, Fès, Meknes puis Oujda. Marié à Otilia Dahan.

Aharon Sicsu fils de Yahya (à droite) avec son fils Abraham, protégé espagnol et loué dans l’histoire du Maroc suite au tragique épisode de l’affaire Trîai-Sicsu en 1912 à Mazagan.

Abraham SICSU (hijo de Jehia) Drogman

Jonas cixous (Tetouan 1836, Saïda 1914)

Regina SICSU ( à gauche) - née à Tunis durant l’exercice de son père Yahya SICSU - Consul d’Espagne

Hadra SICSU par le peintre orientaliste belge Émile WAUTERS

Dona Sicsu - Par Théo VAN RUYSSELBERGHE

Mon arrière arrière grand mère Myriam BENOLIEL, née à Tarifa 🇪🇸 (sœur du grand intellectuelJosé BENOLIEL , codificateur du Haketia)

ABRAHAM SICSU - 1er étranger naturalisé de l’Histoire de Belgique, par un vote du sénat de Bruxelles le 2 Mai 1888